Institut de l’abeille en voie de disparition

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Avignon, Chizé, Toulouse, Paris

Le 04 Octobre 2017

Lettre ouverte aux acteurs de la filière apicole

Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac….

Un compte à rebours a commencé…

A son terme, l’Institut de l’abeille pourrait bien disparaître.

Un décompte ironique à l’issue duquel vous autres, apicultrices et apiculteurs français, commerçants des produits des abeilles, perdrez l’instrument voué à défaire les difficultés d’une apiculture que vous décrivez comme étant toujours plus technique et confrontée à de multiples contraintes environnementales.

Un épilogue sinistre au bout duquel, nous autres, la trentaine de femmes et d’hommes, qui participons à forger les outils d’une apiculture que l’on souhaite plus performante et plus durable, serons privés de nos métiers.

Le ton est grave, il fait écho à une situation qui l’est tout autant. Bien qu’avertis depuis plusieurs mois que l’Institut de l’abeille est au bord du dépôt de bilan, les représentants de notre filière et les décideurs des pouvoirs publics n’ont pas réussi à trouver le compromis permettant de pallier durablement cette situation. A quelques semaines de ce qui pourrait être la fin, nous nous sentons abandonnés par ceux-là mêmes qui nous ont poussés à nous engager dans les multiples projets qui pèsent aujourd’hui sur notre équilibre financier.

C’est pourquoi, nous, salariés de l’institut de l’abeille, avons décidé de réagir en vous adressant directement ce message, vous qui faites partie des nombreux acteurs de notre petite filière. Un message qui dépasse les considérations idéologiques et économiques ou les habituels positionnements d’appareils. Notre message s’inspire simplement de ce qui conduit le travail des techniciens et des ingénieurs des associations régionales de développement apicoles et de l’Institut de l’abeille : la nécessité d’être utile, le besoin d’être efficace et l’obligation d’être sincère. Nous l’adressons à toutes les apicultrices, à tous les apiculteurs et à toutes celles et ceux qui gravitent dans l’univers des abeilles, car nous pensons qu’à travers nos actions en faveur de la formation et l’installation des apiculteurs, au service de la santé et de la protection des abeilles et au profit de la qualité des productions apicoles, nous agissons finalement au bénéfice du plus grand nombre. Notre démarche est simple et transparente : partager avec vous une esquisse de nos métiers, de leurs portées et de leurs exigences, souligner ce qu’ils représentent afin de vous inciter à réagir pour éviter que l’Institut de l’abeille ne disparaisse en silence.

Si l’apiculture est incontestablement pratiquée par des gens passionnés, il est tout autant incontestable que les métiers de techniciens et d’ingénieurs apicoles appellent eux aussi à la passion. Mais une passion raisonnée par les garde-fous des sciences qui encadrent les activités de recherche et de développement d’un institut technique responsable et crédible. Car notre vocation n’est pas d’imaginer des gadgets ou d’apporter un simple point de vue personnel. Notre responsabilité est de concevoir des outils durables, fiables et adaptés et de fonder des informations claires et objectives. Des outils et des informations sur lesquels ceux qui pratiquent l’apiculture, ceux qui orientent les recherches et les politiques publiques et ceux qui élaborent la réglementation peuvent s’appuyer pour mieux décider et mieux agir. Nous sommes conscients de cette responsabilité, nous supportons son poids tous les jours car le colossal enjeu de notre travail en vaut la peine : contribuer au redressement d’une filière apicole en difficulté.

Pour répondre à cet enjeu nous sommes vigilants à ce que nos travaux répondent aux questions qui s’expriment depuis les exploitations apicoles et à ce qu’ils s’inscrivent dans les dernières avancées scientifiques et techniques. Nous mettons nos compétences et notre motivation dans la recherche de financements, qui sont principalement publics, afin de pouvoir les concrétiser. Et nos efforts sont régulièrement récompensés puisque chaque année, nous sommes lauréats de projets qui nous permettent de travailler sur des problématiques aussi complexes que pressantes.

L’objectif de ces travaux ?

Protéger les abeilles en diminuant l’influence des facteurs de stress que sont l’exposition aux pesticides, la diminution des ressources alimentaires et de leur diversité, les parasites et prédateurs et plus particulièrement la prolifération du frelon asiatique, ou la menace de l’arrivée d’Aethina tumida.
Participer à la progression de vos performances en perfectionnant les techniques d’élevage et de sélection, les moyens de diagnostic et de lutte contre Varroa et en produisant des références technico-économiques visant à améliorer les outils de formation et à faciliter les installations.

La diversité des situations et des problèmes rencontrés sur les ruchers et dans les exploitations entraîne une multitude de questions sur lesquelles nous devons travailler simultanément. Une partie de ce travail est faite dans la lumière, sur le terrain, grâce à plusieurs d’entre vous et en collaboration avec des dizaines d’acteurs de la recherche et du développement apicole et agricole. Il s’agit d’expérimentations, d’études, ou d’enquêtes au travers desquelles nous essayons de décrire et d’expliquer vos problèmes et de leur trouver des solutions. Ce travail requiert toujours de l’inventivité, de la minutie et de la persévérance. Et comme dans tout autre secteur de la recherche, il n’offre jamais la garantie que les efforts consentis aboutissent à des progrès perceptibles ou rapidement utilisables. Les moments passés avec certains d’entre vous sur les ruchers ou dans les exploitations sont aussi l’occasion de vous découvrir dans vos activités, d’écouter vos témoignages et de remarquer vos innovations. Ils nous permettent finalement de mieux s’imprégner de vos difficultés et de leurs conséquences.

L’autre partie de notre travail est moins visible, elle est passée devant nos ordinateurs et à nos téléphones, dans les salles des ministères, d’agences et d’instances nationales ou internationales. Dans ces lieux, où se réunissent des groupes de travail, des commissions, des comités de pilotage ou d’orientation, notre travail est d’argumenter de façon crédible et convaincante afin d’orienter les prises de décision en direction de mesures et de dispositifs favorables aux abeilles et aux apiculteurs. Ce sont des moments où il faut être attentif, combatif et inspiré pour être entendu et faire valoir vos intérêts sur un plan technique et scientifique. Et lorsque les discussions se durcissent et que nous sommes personnellement interpellés, il nous arrive parfois d’avoir le sentiment de monter au front pour défendre une activité dont une partie des bénéficiaires nous a pourtant reniée.

Après bientôt 10 ans d’existence, nous avons enregistré des succès et essuyé des revers. Nous sommes autant fiers du travail réalisé avec nos partenaires que lucides face à l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir. Depuis la création de l’Institut nous avons contribué à la construction d’une structure reconnue, intégrée dans le réseau des acteurs européens du développement apicole et sommes arrivés à former une équipe unie, complémentaire et toujours motivée. Mais nous savons aussi qu’en dépit de cela, nos travaux n’ont pas toujours su ou pu apporter les réponses à vos questions et sommes conscients qu’il y ait pu avoir des déçus. Nous sommes aussi conscients que notre stratégie nécessite, plus que jamais, d’être ajustée afin qu’elle s’adapte aux évolutions de l’Institut et lui permette de mieux concrétiser ses actions et d’améliorer sa communication.

Aujourd’hui, tous nos efforts ne doivent pas être réduits à néant parce que quelques-uns n’auront pas réussi à s’entendre. Nous, l’équipe des salariés de l’Institut de l’abeille, ne voulons pas devenir l’avorton d’une expérience qui aurait mal tourné ! Que deviendront les travaux accomplis, les connaissances acquises, les compétences développées ? Que deviendront les attentes de ceux qui comptent sur nous ? Qui produira les arguments scientifiques et techniques dont a besoin notre filière pour faire évoluer les politiques agricoles ? Qu’adviendra-t-il, aux yeux des décideurs et des consommateurs, de la crédibilité d’une filière affaiblie qui aura laissé disparaître son institut technique ?

En vous adressant ce message d’alerte, nous nous en remettons à vous tous, les apicultrices et apiculteurs, de loisir et professionnels, sédentaires et transhumants, au forfait et au réel, en conventionnel et biologique, syndiqués et non syndiqués, pro-buckfast et anti-buckfast, favorables et réticents aux IGP, détaillants et grossistes, à tous les acteurs de la filière apicole de France métropolitaine et ultra-marine, pour essayer d’éteindre la mèche qui brûle et raccourcit de jour en jour.

Si vous estimez que l’instrument voué à développer l’apiculture française et les métiers de ceux qui l’animent doivent d’être sauvés, diffusez ce message, manifestez votre soutien et agissez en notre faveur en :

Signant la pétition « l’institut de l’abeille en voie de disparition » : http://chn.ge/2xtgmZT

Interpelant les pouvoirs publics et les représentants locaux et nationaux de la filière apicole

Participant financièrement à la création d’un fonds de roulement : http://cpc.cx/kga

Nous espérons continuer à travailler à vos côtés pour progresser vers l’apiculture de demain.

Sincèrement,

Les salariés de l’ITSAP

ALLIER Fabrice, AULANIER Félicie, AZZOPARDI Myriam, BASSO Benjamin, BELLANGER Solène, BERI Constance, CARRERA Edda, CHAUMONT Thibault, DANGLEANT Alexandre, DELAMOTTE Albéric, FERRUS Cécile, FERT Paul, FOURRIER Julie, GAILLARD Céline, GOURRAT Marine, GUIRAO Anne-Laure, KIM Delphine, KOUCHNER Coline, LAMY Pierre, LOPERS Loïc, POINTEAU Sophie, RICARD Fabien, SERARD Philippe, SUDAN Antoine, URRUTIA Virginie, VALLON Julien, VIALLOUX Fabien, VIDAU Cyril

Plus d’infos sur http://dev-itsap-en-peril.pantheonsite.io/


 
 
 
 

2 réponses dans “Institut de l’abeille en voie de disparition

  1. calais

    il faudrait faire financer l institue par ceux qui sont responsable du declin des abeilles ils ont de gros moyen pour faire du lobbing au pret de nos très cher eurodèputès a bruxelle

    Reply
    1. ivan Auteur de l'article

      Ils ont peut être de gros moyen mais ils n’ont aucun intérêt à ce que l’itsap apporte des preuves de leur responsabilité quant au déclin des abeilles. Si on veut des études indépendantes, c’est à nous de financer.

      Reply
 
 
 

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