Méthodes d’évaluation de l’infestation par Varroa destructor

Méthodes d’évaluation de l’infestation par Varroa destructor au cours de l’année et interprétation diagnostic

Présentation du vétérinaire conseil du GDSA83 dans le cadre de la formation donnée lors de l’Assemblée Générale du 2 février 2013.

Seront abordées les méthodes quantitatives d’évaluation de l’infestation par le Varroa destructor. Après avoir rapidement cadré l’intérêt de ces méthodes d’évaluation et leurs conditions d’application, les principales méthodes seront décrites. Les comptages qui en résultent doivent permettre une évaluation fiable pour documenter une démarche thérapeutique raisonnée de lutte contre ce parasite.

Conditions générales d’application des méthodes d’évaluation

Dans quel But …

Le comptage des varroas permet,

  • d’estimer le niveau d’infestation afin d’optimiser le moment d’un traitement.
  • de contrôler l’efficacité du traitement.
  • de comparer les colonies aux caractéristiques différentes (races, âge de la reine, nombre de cadres à couvain)

A quel moment …

Idéalement il faudrait faire un comptage mensuel, ce qui est impératif en élevage biologique. Mais pour le moins pendant la période critique où le dépistage est essentiel : début août.

Et au printemps, en sortie d’hivernage surtout s’il n’y a pas eu de contrôle avant l’hiver.

Il faut au moins contrôler 10% des ruches

Pourquoi …

Action pathogène du Varroa destructor :

  • Irritation
  • Sur le poids (10 à 18%) et sur l’espérance de vie,
  • Spoliatrice,
  • Sur les défenses immunitaires,
  • Sur la taille des glandes hypo pharyngiennes,
  • Mutilante,
  • Sur les faux-bourdons

Quelques rappels

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Courbe théorique de l’infestation varroa pendant une saison

Au cours de l’année la répartition des varroas n’est pas égale entre les adultes et le couvain surtout le couvain mâle, puisque le cycle de la reproduction du parasite se fait dans le couvain. La plupart des méthodes évalueront surtout les varroas phorétiques, ce qui est moins représentatif du degré d’infestation pendant la période de production où le couvain est important.

Présence de Varroa Hiver Printemps Eté Automne
Abeilles adultes +++ + + ++
Couvain +++++ +++++ +

Les méthodes

Trois façons d’évaluer cette infestation : directement dans le couvain, directement sur les abeilles adultes et indirectement par les chutes naturelles de varroa. La méthode visuelle est exclue car trop imprécise, mais peu donner une impression générale surtout en cas de forte infestation.

Inspection du couvain

Il faut désoperculer environ 200 pupes de couvain mâle à l’aide d’un peigne et compter sur les stades des yeux roses. Cette méthode semble assez sensible et plus fiable surtout au printemps sur les premiers couvains de mâles. Il faut comptabiliser le nombre de pupes infestées (et non le nombre de varroa existant). [1]

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  • Si il y a plus de 10% du couvain d’ouvrière infesté = DANGER
  • Si il y a plus de 50% du couvain de mâle infesté = DANGER

Directement sur les adultes

Le principe est de ramasser environ 150 à 300 abeilles par colonie sondée dans un pot en verre de 500ml et de séparer les abeilles et les varroas pour estimer le nombre de varroas pour 100 abeilles (il faut veiller à ne pas capturer la reine !) :

  1. Lavage à l’alcool (et autres méthodes létales) : [2]
    Verser 250ml d’alcool dans le bocal pour tuer les abeilles et les varroas et procéder au comptage après rinçage et un double filtrage. Méthodes rapides, peu coûteuses, en une seule visite mais létales et pour certaines toxiques ou explosives.
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  1. Méthode du sucre glace en poudre : [3]
    La capture est identique à la méthode précédente, mais au lieu d’un produit létale on ajoute dans le pot une cuillérée à soupe de sucre glace. On enduit les abeilles en roulant doucement le bocal pendant 3 à 5m, libérer les abeilles puis compter les varroas dans le sucre. Avec un couvercle modifié en grillage secouer vigoureusement le bocal au-dessus d’un plateau, renouveler la manipulation avec une autre cuillerée de sucre puis compter les varroas.

    Matériel nécessaire :

    • Deux plateaux blancs à rebords
    • Trois bocaux à couvercle modifié (grillagé)
    • Sucre glace
    • Cuillère de mesure
    • « Verre doseur » à abeilles (100 ml)
    1. Echantillonnage des abeilles
      • Pour chaque ruche à mesurer, prélever deux cadres de couvain dans le corps de la ruche.
      • Vérifier que la reine ne se trouve pas sur ces cadres.
      • Secouer les deux cadres au-dessus d’un plateau pour y faire tomber les abeilles.
      • Remplir le verre doseur à abeilles à ras bord (300 abeilles) avec des abeilles du plateau, et les transférer dans un bocal.
      • Répéter trois fois pour obtenir trois bocaux contenant chacun 300 abeilles.
    2. Enrobage des abeilles
      • Dans chaque bocal, ajouter une cuillère de sucre glace à travers le couvercle grillagé.
      • Secouer rapidement pour répartir le sucre glace.
      • Laisser reposer deux minutes minimum. En bougeant, les abeilles vont s’enrober de sucre glace.
    3. Récupération et comptage des varroas
      • Retourner un bocal et le secouer vigoureusement au-dessus du plateau blanc pendant quelques dizaines de secondes (jusqu’à arrêt de chute des varroas).
      • Ajouter une deuxième cuillère de sucre glace et effectuer plusieurs rotations du bocal pour répartir le sucre.
      • Secouer à nouveau le bocal au-dessus du plateau pendant quelques secondes.
      • Compter le nombre de varroas recueillis dans le plateau après les deux phases de poudrage (v1).
      • Réitérer la procédure avec le deuxième puis troisième bocal.
    4. Décompter le nombre de varroas pour chaque bocal (v2 et v3). La densité de varroas phorétiques pour 100 abeilles d’une ruche est obtenue en divisant par trois la moyenne des trois comptages successifs.

Chute naturelle des varroas sur langes

Sur le plancher de la ruche placer un plateau carton ou plastique enduit de graisse (pour que les varroas s’y colle), protégé d’une grille (pour y empêcher le nettoyage spontanée des abeilles). Cette méthode est plus représentative de l’infestation en hiver où le couvain est pratiquement inexistant. La chute des varroas phorétiques étant plus lente il faut laisser les langes 1 mois. L’été est une autre période représentative car le couvain très étendu contient tous les stades de développement des ouvrières ; il faut laisser les langes 8 à 15 jours. Cette méthode est à interpréter avec discernement en dehors de ces périodes et si la colonie s’affaiblie ou si elle est en essaimage. Le résultat est rendu en nombre de varroas tombés quotidiennement. Pour une surveillance de l’infestation il faut le faire en dehors des traitements acaricides puisqu’après un traitement il y aura un pic de chute.
Méthode plus précise que les précédentes, ne nécessitant pas l’ouverture de la ruche mais qui impose deux visites.

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 [4]

Valeurs des comptages et signification

Il faut interpréter l’évaluation avec discernement en fonction du moment où est réalisé le comptage (saison, état physiologique ou sanitaire de la ruche). Dans les périodes où le couvain est moins important (automne – hivers) le comptage par chute naturelle est plus représentatif donc plus fiable du niveau d’infestation de la colonie. La fréquence des chutes de varroas est variable en fonction de la saison : en hivers lorsque la grappe est plus serrée, la chute des parasites est plus lente.

Les abeilles qui sont sur les cadres à couvain sont plus susceptibles d’être plus infestées que celles qui travaillent sur les cadres à miel. Les premières seront plus représentatives de l’impact parasitaire.

Dans les 3 jours qui suivent un traitement il y a une forte chute de varroas [4].

Pour être fiable l’évaluation de l’infestation se fait donc en dehors de cette période.

Hors les périodes de traitement les valeurs de comptage considérées comme compatible avec une bonne viabilité de la ruche ne devraient pas dépasser les « bornes » suivantes [5], étant admis que la chute d’un varroa tous les 2 jours traduit la présence de 50 varroas dans la ruche [6] :

  • Printemps : ½ par 24h ou 1 varroa par 100 abeilles
  • Mi-juin : 5 par 24h ou 3 varroas par 100 abeilles
  • Mi-juillet : 10 par 24h ou 3 varroas par 100 abeilles
  • Août-septembre : 25 par 24h ou 5 varroas par 100 abeilles En toute situation, un comptage supérieur à 25 varroas/jours impose un traitement immédiat et impératif pour la survie de la colonie. Si un seul comptage en été est réalisé, il est possible de suivre cette grille décisionnelle de traitement [7] :

A partir de ces évaluations, l’apiculteur décide des options techniques ou thérapeutiques. L’intérêt des comptages de varroas est aussi d’évaluer l’efficacité des traitements acaricides mis en place et si besoin d’opter pour des traitements alternatifs pour éviter des résistances.

CONCLUSION

Le comptage des parasites dans le couvain (il existe peu de publications comparatives), directement sur les abeilles adultes (1 à 5 par 100 abeilles pour un état sous contrôle ou en nécessité d’une prévention) ou par leur chute naturelle sur le fond de la ruche (1/2 à 25 par 24h pour un état sous contrôle ou en nécessité de traitement préventif) peuvent permettre d’évaluer le niveau d’infestation par le Varroa destructor avec fiabilité s’il est interprété en fonction de la saison et du stade physiologique de la colonie et si les différentes méthodes sont mises en œuvre avec rigueur. Fort de ces informations, l’apiculteur devra décider de la nécessité de traiter ou pas avec le produit le plus adapté dans la circonstance (thymol, acide formique, acide oxalique, amitraz ou tau-fluvalinate) ou l’application de techniques apicoles (couvain de faux-bourdons, changement de reine). Ce choix sera tributaire du mode d’élevage (biologique ou pas) et de la connaissance de l’apiculteur pour la pratique des différents produits acaricides.

 [8]

 

[1] Anonyme GDSA 27 CSL – site internet consulté le 14 oct 2012 : « Varroa model » et « Monitoring methods » Désoperculer le couvain mâle : http://gdsa27.free.fr/spip.php?arti…

[2] Jean Maurice CANTIN « Le comptage des varroas » la méthode par lavage à l’alcool – site internet consulté le 14 oct 2012 : http://www.apiculture.com/rfa/artic…

[3] INRA/ADAPI 20122 Programme expérimental : EVALUATION DU POTENTIEL DE COLONIES TOLERANTES POUR L’APICULTURE / Colonies “tolérantes” au varroa

[4] Anonyme – site internet consulté le 14 oct 2012 : Comptage sur « langes » : pic de chute des varroas dans les quelques jours qui suivent le traitement et rémanence de l’action de l’amitraz :http://www.apistory.fr/PAGES/compta…

[5] Dr Claude BOUCHER « Dépistage et évaluation de l’infestation par Varroa destructor » -– Centre québécois d’inspection des aliments et de la santé animale (CQIASA) / Journée champêtre en apiculture 10 juillet 2004. http://www.agrireseau.net/apiculture

[6] Anonyme Rucher de la Huberdière – site internet consulté le 14 oct 2012 : http://miel-et-abeilles-en-touraine…

[7] J.M. Barbançon – DIE Apicole Oniris 2012

[8] Ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, document d’information : Calendrier du contrôle de la varroase.
www.agrireseau.net/apiculture/doc…
www.mapaq.gouv.qc.ca/SiteCollection…

 


 

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